Le
mondial
de football est une occasion de comparer les cultures nationales
à partir de
leurs pratiques sportives. Les journalistes le font
spontanément; par exemple,
les récents échecs brésiliens incitent
à ces questionnements d'ordre
anthropologique et psycho-social.
Pourquoi
des échecs aussi massifs suite à des
périodes de gloire?
L'été
est de
la même manière l'occasion de comparer les
traditions populaires propres aux
aires occitanes. C'est souvent dans cette période que la
culture festive se
manifeste, par exemple. Le bilan toulousain, celui d'une
métropole tournée vers
les technologies de pointe, est de ce point de vue mitigé.
Le rapport aux
racines est de plus en plus ténu à en juger des
manifestations du style
Carnaval et fête de la musique. A défaut de
culture patrimoniale et d'animation
authentique, c'est souvent le règne de la technologie qui
l'emporte: chars
rutilants d'objets en tous genres, amplis assourdissants à
défaut de groupes
d'improvisateurs dans les rues....Spectacle attristant dans les deux
cas.
Les
alentours de Toulouse ne contiennent plus que des
cités-dortoirs dénuées
d'âme;
finis les villages qui auraient gardé un peu de
saveur. Finalement, ce
qui fait l'animation d'une ville comme Toulouse, c'est sa jeunesse
estudiantine, mais coupée pour la plus grande partie de ses
éléments, de
référents culturels
endogènes.
Les
cités
gasconnes (Auch, Mont de Marsan) , languedociennes
(Nîmes...), provençales
(Arles...), camargaises, ...ont gardé une
vitalité en phase avec une culture
populaire d'origine occitane. Certes, les jeux du stade (courses
landaise et
camargaise...) y sont
entâchés
d'une tradition taurine
importée d'Espagne, assez régressive. Le bilan
général est quand même celui
d'un panorama tonique et revigorant.
Une
explication de ces différences passe par la question du
genre, comme on dit
actuellement. Les cultures gasconne et basque sont de tradition
masculine, ce
qui favorise l'esprit d'équipe et
l'extériorisation. La culture toulousaine,
plus sublimée et secondaire, est construite sur une
tradition féminisée ou
mixte (jeux floraux...), plus fragile dans les confrontations
médiatiques.
Contre-argument:
c'est pourtant bien le cas aussi de la culture provençale,
comme le montre l'historique
du Félibrige par exemple.
Un
autre
paramètre explicatif intéressant, celui de la
question religieuse. Les terres
de tradition hétérodoxe -dont les terres cathares
ou catharisantes- seraient
davantage prédisposées à des
stratégies de silence et d'intériorisation,
liées
aux marginalisations historiques. Un contre-exemple est pourtant celui
du Pays
cathare, le département de l'Aude a réussi son
entreprise touristique et
médiatique, à partir d'un label religieux
hétérodoxe. L'inscription des ostensions
limousines au patrimoine immatériel de l'UNESCO en 2013
participe également
d'une résurgence culturelle à base religieuse (ou
spirituelle) non
conventionnelle.
Pour
conclure le cas de Toulouse, la raison de sa déculturation
pourrait donc
procéder d'un excés d'économisme et de
technologisme.
Autre
facteur à prendre en compte, la position
géo-culturelle. L'avenir du Limousin
et de l'Auvergne dans le regroupement inter-régional,
résulte en grande partie
de leur situation septentrionale dans l'échiquier occitan.
Le Limousin a été
ballotté entre un schéma nordiste (rattachement
au Poitou-Charentes et au
Centre) et sudiste (rattachement à l'Aquitaine). L'Auvergne
est rattachée pour
l'instant à des régions non occitanes,
Rhône-Alpes.
Cette
actualité est l'occasion d'un approfondissement de ces
questions identitaires,
que posent d'ailleurs à l'envers les populismes
d'extrême-droite.
La
complexité des cultures territoriales résulte
d'un
faisceau de traits identitaires à
démêler.
Spécialement
pour l'agglomération toulousaine, une réflexion
de cet ordre serait utile
pour l'avenir.
Martine
Boudet.