La Chronique d’Amnesty International, n°302, janvier 2012
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Le jeu de la "patate chaude"
Souvent exagérée par les gouvernements des pays du Nord pour justifier leurs stratégies d’évitement, la « charge » induite par l’arrivée de nombreuses personnes doit être nuancée au regard de celle supportée par les pays du Sud. Deux cent soixante mille personnes ont demandé l’asile en 2010 dans les 27 pays européens, alors que 180 600 demandes ont été déposées en Afrique du Sud sur la même période.
Par ailleurs, lorsqu’entre juin et septembre 2011, le Kenya a vu arriver plus de 100 000 réfugiés somaliens venus s’ajouter aux 370 000 déjà présents, dans un contexte humanitaire effroyable, n’était-il pas indécent de la part des États européens d’agiter comme ils l’ont fait le spectre de l’invasion ? Alors que la Tunisie a ouvert ses frontières à 500 000 personnes de Libye, les pays de l’Union européenne ont tenté, par tous les moyens, de dissuader quelques milliers d’entre elles essayant de rejoindre leurs côtes. Ils ont aussi participé parfois à des opérations de refoulement en Méditerranée, entraînant des drames humains. Au lieu de mettre en place un système international de protection efficace, certains États jouent le jeu de la « patate chaude ».
Pourtant, alors que 80 % des réfugiés se trouvent aujourd’hui dans des pays en développement, le droit d’asile ne pourra avoir aucune effectivité tant que le principe de solidarité, énoncé dans le préambule de la Convention de 1951, ne sera pas replacé au cœur du système international de l’asile."
Magali Daurelles